L'Ecole des Jeunes Aveugles (E.J.A) de Ouagadougou
 

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L'E.J.A a été créée en 1987 par l'A.B.P.A.M en colla­boration avec le Ministère de l'Action Sociale et de la Famille, et l'appui technique du Ministère de l'Enseignement de Base et de l'Alphabétisation (M.E.B.A). En 1992 l'école fusionne avec l'école braille de Ouagadougou. Débutée avec un effectif de trois (3) élèves et un enseignant, l'école compte de nos jours 172 élèves. Le recrutement concerne toutes les provinces du pays.

 

                                                                                                                                         I.         Système scolaire

Le système scolaire de l'E.J.A comprend 2 types d'é­ducation spéciale: l'école spéciale non intégrée et l'intégration totale.

L'école spéciale compte 9 classes, 82 élèves et prend en charge l'enfant handicapé visuel du préscolaire au CM2, mais aussi toute personne ayant des difficultés vi­suelles, et susceptible d'être réadapté à la lecture et à l'écriture du braille. L'enseignement est basé sur les programmes officiels appliqués dans toutes les écoles du Burkina Faso. L'intégration totale prend en charge non seulement tous les élèves non voyants et malvoyants des lycées, des collèges et les étudiants du supérieur et écoles de formation, mais également les meilleurs élèves de l'école spéciale intégrée dès le CEl ou CE2 dans les écoles primai­res ordinaires. Au total, 15 écoles primaires et 14 éta­blissements secondaires et supérieurs assurent cette intégration.

 

1) La classe du type préscolaire

Elle prépare pendant quel­ques mois l'enfant non voyant à se familiariser au ca­dre scolaire, aux outils d'apprentissage et au milieu social, avant d'entamer l'année suivante. une scolarité normale. Dans cette classe des activités de scolarisa­tion sont dispensées selon le degré du handicap. Ces activités visent l'autonomie chez le jeune handicapé. Ces activités sont programmées jusqu'au cours pré­paratoire 2ème année (CP2). Ce sont:

* La mobilité, c'est à dire la technique de déplacement de la personne aveugle. Son enseignement assure à l'enfant non voyant une autonomie dans son déplace­ment et son apprentissage.

* Les Activités de la vie Journalière (AVJ), qui permet­tent aux élèves d'apprendre les gestes de la vie journa­lière : lessive, vaisselle, balayage, se laver, s'habiller, se peigner….

* Les exercices de suppléances, qui visent l'éducation des sens restants: l'odorat, le goût, l'ouie et le tou­cher.

 

2) Les classes de réadaptation au braille

Elles permettent aux élèves et aux adultes ayant perdu la vue au cours de leurs étu­des ou carrière professionnelle, de pouvoir lire et écrire en braille.

 

3) Le suivi des élèves intégrés

Elle permet à chaque élève in­tégré de bénéficier à ses heures libres d'un appui pédago­gique. Cet appui aux lycéens est dispensé en Maths, Physique Chimie, Anglais et Biologie par des profes­seurs répétiteurs.

A l'école primaire les difficultés de chaque élève sont, individuellement reprises par le maître de suivi une fois par semaine.

 

4) La transcription 

Elle permet de mettre les textes, de devoirs, les sujets d'examens à la portée des élèves aveugles ou malvoyants et des enseignants ne sachant pas lire le braille, de produire tous les documents scolaires en braille et d'effectuer la maintenance des machines et du matériel braille. En 2001, la cellule a été informatisée, améliorant ainsi la production des manuels scolaires.

 

5) La formation professionnelle

Cette section a été ratta­chée à l'activité scolaire. Pour une durée d'un an, elle permet aux élèves en difficultés scolaires de recevoir une formation en artisanat, maraîchage, élevage et d’une forte sensibilisation sur les IST et le VIH/SIDA. Cette for­mation est parfois orientée vers l'apprentissage d’un mé­tier dans une structure adéquate: (agents sociaux, stan­dardiste). Au total, 25 élèves ont bénéficiés de la forma­tion de cette structure et sont de nos jours soient opéra­tionnels, soient en phase d'insertion dans leur associa­tion d'origine. Les élèves en fin de formation sont ac­compagnés dans leur structure d'origine.

 

6) L'appui pédagogique

Il prend en compte tous les élèves intégrés mais aussi leurs encadreurs de proximité (des professeurs répétiteurs et un maître de suivi sont assi­gnés à cette tâche).

 

7) La sensibilisation

Elle  se fait dans les différents établisse­ments où sont inscrits les élèves afin de pallier les diffi­cultés relatives à l'intégration scolaire.

 

8) La formation du personnel d’encadrement

Il porte sur des aspects divers dont l'initiation et dactylographie braille et la transcription. L'effectif du personnel de l'é­cole est de 23 agents dont 13 enseignants du primaire. L'équipe enseignante, composée de personnes non voyantes, malvoyantes et voyantes, est polyvalente et assure le fonctionnement de l'institution. La majorité de ce personnel est pris en charge par le Ministère de l'En­seignement de Base et de l'Alphabétisation (MEBA).

 

                                                                                                                                     II.         Cadre de vie et Suivi des écoliers

Prônant l'intégration à tous les niveaux, l'école a opté pour un régime externe avec le placement des enfants dans des familles d'accueil choisies sur des critères pré­alablement sélectionnés. Les familles d'accueil sont des familles volontaires                                                                                                                                                                       .

Quatre vingt dix (90) élèves bénéficient actuellement d'une intégration au sein de ces familles d'accueil. Les familles d'accueil reçoivent par enfant et par mois un pécule permettant de subvenir aux besoins nutritionnels des enfants. Ces parrainages sont majoritairement finan­cés par CBM, ABPAM Belgique et Fondation Liliane. Hormis quelques cas pris en charge par des missions confessionnelles et les lions club, aucun autre parrainage n'est obtenu au ni­veau local. International et Catholic Relief Services sous forme de projets d’assistance humanitaire.

Des rencontres périodiques permettent de guider les mères d'accueil pour la prise en charge sociale des nouveaux élèves. Les élèves reçoivent en plus à l'é­cole des goûters et parfois un repas chaud. Cette as­sistance est apportée par Catholic Relief Services à tra­vers Helen Keller Intenational.

Le suivi sanitaire concerne les soins courants et les visites ophtalmologiques. Les soins préventifs et curatifs courants sont apportés par le dispensaire du secteur N°9 de Gounguin et les visites ophtalmolo­giques systématiques sont assurées tous les six (6) mois par le bureau du Ghana de Christoffel Blindent Mission (CBM). Ces visites, couplées à l'information collec­tée auprès des parents montrent que la rougeole et ses complications (dont la carence en vitamine A) représentent jusqu'à présent la principale cause de cécité évitable chez ces enfants.

 

 

                                                                                                                                  III.         Résultats scolaires

1) Evolution des recrutements annuels

Le nombre d'élèves par année dépend des engage­ments de prise en charge pour les frais de familles d'accueil. Il est encourageant d'observer que ce nom­bre croît d'année en année depuis la création de l'é­cole et s'est même accéléré depuis 1995, année mar­quée par la mise à disposition du MEBA de cinq nouveaux enseignants et par l'appui de la fondation Haladin (Graphique 1).

 

2) Taux de promotion

Le taux de promotion à l'école primaire spéciale est satisfaisant et se situe au même niveau que celui des écoles formelles (tableau 1). Certains écoliers aban­donnent les cours. Mais ce phénomène semble aussi fréquent que dans les écoles formelles.

 

3) Partenariat

La Direction de l'école et l'ABPAM ont scellé un partenariat efficace regroupant le secteur public, pri­vé et associatif. Les principaux partenaires sont:

«         Le Ministre de l'Enseignement de Base et de l'Alphabétisation qui apporte un appui institutionnel et technique

«         Le Ministère de l'Action Sociale et de la So­lidarité Nationale (MAS SN)

«         « Christoffel Blinden Mission » (CBM), prin­cipal partenaire financier de l'école, qui de­puis plus de 12 ans intervient sur le plan du matériel braille, des mobylettes pour le suivi pé­dagogique, de la prise en charge des trans­cripteurs, du gardien, des familles d'accueil et des frais administratifs, la formation des enseignants, la formation professionnelle.

«         La Belgique qui depuis 1994 s'est engagé dans les parrainages et le soutien au fonc­tionnement et financement d'un voyage d'é­tude au Mali;

«         La Fondation Burden en Angleterre, la Fondation Force au Pays Bas L'Institut des aveugles de Monteclair, ont équipé et installé la salle informatique, assuré la for­mation en informatique d'un transcripteur et d'un enseignant en France et le suivi régulier au Burkina Faso.

«         La Fondation Liliane en Hollande

«         Helen Keller International et CRS pour leur soutien alimentaire et appuis divers,

«         Handicap International,

«         Rotary Club,

«         Lion's Club,

«         et quelques intervenants locaux

 

 

                                                                                                                    IV.    Difficultés et contraintes

- Les élèves d'une même classe ont des niveaux différents du fait de l'individualisation des apprentissages.

- Les recrutements étant faits selon les parrainages. Un enfant peut voir son dossier retourné après plusieurs années d'attente infructueuse. Actuellement, plusieurs demandes de scolarisation attendent une prise en charge.

- La formation en dactylographie est interrompue par manque de moyen financier.

- L'insuffisance du suivi pédagogique.

- Le manque de stratégie de formation professionnelle car sur 15 enseignants, 2 seulement ont bénéficié d'une formation en éducation spéciale.

- Le manque de motivation des enseignants qui en plus des cours classiques, dispensent les activités de sup­pléances.

- Le manque de personnel qualifié est très important. Il s'agit des transcripteurs, éducateurs spécialisés, psychologues, professeurs de dactylographie, administrateurs des écoles spécialisées, personnel de réadapta­tion, personnel de santé et professeur qualifié pour les lycées

- Le matériel spécialisé coûte excessivement cher et n'est pas disponible sur le marché Burkinabé.

- Le manque de moyen de locomotion du genre mini car, handicape beaucoup les activités de concrétisation de certaines leçons à travers des sorties d'études.

- La production des manuels scolaires est ralentie par la perturbation du personnel de la cellule à des tâches administratives ou pédagogiques.

 

Malgré toutes ces difficultés; le corps enseignant est résolument engagé pour assurer une éducation de qua­lité aux enfants handicapés visuels. Les résultats obtenus sont encourageants et justifient l'engagement de tous pour améliorer l'accès à l'éducation des handicapés comme voie de réduction de la pauvreté. Nous lan­çons un appel pour que le programme de l'école intégratrice, initié depuis déjà quelques années, puisse mieux prendre en charge les enfants handicapés, car le problème de sa mise en œuvre et de l'extension de ses activités n'est pas encore résolu.

L'acceptation de la prise en charge de certains aspects de soins oculaires par les relais communautaires est une condition essentielle à l'amélioration de leur couverture en général.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Conçu et en 2003 par
Eric Fels et Alibi Zongo et remis en état par KABORE Carine
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